Adolescents et injections anti-obésité : une potentielle menace silencieuse sur l’équilibre hormonal de nos jeunes ?
- Nadia ROUILLER-MONAY
- 9 sept. 2025
- 7 min de lecture

L’OMS a placé les injections anti-obésité sur la liste des médicaments essentiels【1】. Mais derrière le vernis d’une solution miracle se cache une réalité inquiétante : une perte de poids artificielle qui menace de banaliser leur usage, y compris chez les adolescents. Que se passera-t-il demain sur leur croissance, leurs hormones, leur système endocrinien et leur fonctionnement métabolique sur le long terme ? La question reste entière, ouverte, et le risque bien réel.
Autorisation d’usage chez les adolescents en Europe (y compris en Suisse).
Selon l’Agence européenne des médicaments (EMA), le Wegovy® (sémaglutide) est autorisé chez les adolescents dès 12 ans, à condition qu’ils présentent un IMC supérieur au 95ᵉ percentile pour leur âge et leur sexe, ainsi qu’un poids supérieur à 60 kg【2】. Cette autorisation s’applique à l’ensemble des États membres de l’Union européenne et, par extension, à la Suisse, qui aligne ses pratiques de prescription sur ces recommandations. Ainsi, l’utilisation de ce traitement est légalement encadrée, mais bel et bien possible chez les jeunes.
Qu’en est-il de la pratique dans les autres pays ?
À défaut de chiffres pour la Suisse, la situation aux États-Unis donne un aperçu inquiétant. En seulement un an, la probabilité pour un adolescent obèse de recevoir une prescription d’anti-obésité dans les 100 jours suivant une consultation est passée de 0,5 % en 2023 à 0,9 % en 2024【3】. Cette explosion des prescriptions chez les jeunes traduit une banalisation rapide de ces traitements. Or, de plus en plus d’experts tirent la sonnette d’alarme : derrière l’illusion d’une perte de poids facile, se profile le spectre d’une dépendance à vie pour maintenir les résultats, avec des conséquences encore largement inconnues sur la croissance et la santé globale des adolescents【4】.
Un traitement à vie ?
C’est là que réside l’ambiguïté — et la « promesse » — de ces traitements. Ils apparaissent comme un raccourci vers un retour au poids « normal ». Pourtant, s’ils sont utilisés seuls, sans accompagnement nutritionnel ou diététique, le risque de rechute est presque inévitable. En effet, une fois le poids « idéal » atteint, si les habitudes alimentaires et le rapport à l’alimentation ne sont pas travaillés en profondeur, le corps et les comportements reprennent vite le dessus, ouvrant la voie à une reprise de poids parfois massive.
Le problème est que certains médecins, endocrinologues ou autres spécialistes prescrivent aujourd’hui ces médicaments sans encadrer le patient par un suivi nutritionnel adapté, et parfois familial lorsque les mauvaises habitudes sont partagées par l’entourage. Or, comprendre sa façon de s’alimenter, identifier les émotions qui déclenchent des compulsions, analyser son comportement face aux activités sociales et sportives, et réapprendre à nourrir son corps de manière équilibrée restent des éléments essentiels. Sans ce travail en amont, le traitement devient un simple pansement chimique, et le patient s’expose tôt ou tard à un retour de l’obésité, parfois aggravée par l’effet rebond.
Régulation du poids et du glucose : voyons ce qui se passe dans notre corps.
Après un repas, le glucose et les nutriments arrivent dans l’intestin. Les cellules endocrines intestinales libèrent alors des hormones : le GLP-1 et le GIP【5】.Elles agissent de manière dépendante du glucose : elles stimulent les cellules bêta du pancréas pour favoriser la sécrétion d’insuline, et inhibent les cellules alpha pour réduire la sécrétion de glucagon. En résumé, le pancréas joue un rôle clé : produire de l’insuline pour stocker le sucre lorsqu’il est en excès, et libérer du glucose par le foie quand la glycémie baisse, comme lors d’un jeûne.
Ce mécanisme fonctionne en étroite collaboration avec le cerveau : les systèmes nerveux et endocrinien étant intimement liés.
Ces hormones ont aussi deux autres effets majeurs :
Elles ralentissent la vidange gastrique, ce qui limite l’absorption trop rapide du sucre et atténue les pics glycémiques.
Elles activent certains neurones hypothalamiques, qui libèrent ensuite des neurotransmetteurs transmettant au cerveau un signal de satiété. Ce signal inhibe alors les neurones responsables de la sensation de faim, régulant ainsi l’appétit.
En temps normal, ce système d’une grande finesse permet de maintenir l’équilibre entre glycémie, appétit et stockage énergétique.
Mais les traitements anti-obésité viennent amplifier artificiellement ces signaux, en particulier au niveau du cerveau et du pancréas, renforçant la satiété et stimulant davantage la sécrétion d’insuline. Ce qui peut paraître une solution simple à court terme n’est en réalité qu’une perturbation d’un système déjà finement réglé par la nature.
L’action de ces traitements ne se limite pas au pancréas ou au système digestif : elle touche directement le système nerveux central. Le GLP-1 et le GIP activent des récepteurs situés au niveau de certains neurones de l’hypothalamus et d’autres régions cérébrales sensibles à la régulation de l’appétit. Le GLP-1, en particulier, est non seulement produit dans l’intestin mais aussi au niveau du système nerveux central (cerveau), où il intervient pour renforcer la satiété, ralentir la vidange gastrique et stimuler l’activité du système nerveux sympathique.
Autrement dit, sous l’effet de ces traitements, l’organisme est poussé à puiser dans ses réserves énergétiques. Le système nerveux interprète alors cette disponibilité comme un état suffisant, ce qui renforce la sensation de satiété. et modifient en profondeur la communication entre le tube digestif, le nerf vague et les centres de régulation métabolique. Si cela peut sembler bénéfique pour réduire l’appétit, la réalité est plus préoccupante : on interfère artificiellement avec un système neuroendocrinien finement régulé et, encore en pleine maturation dans le cas des adolescents. Manipuler ces circuits risque de perturber durablement les mécanismes naturels de faim et de satiété, mais aussi d’exposer à des dérèglements du tonus sympathique, de la gestion du stress et des dépenses énergétiques. Le danger est donc bien réel : derrière la promesse d’une perte de poids rapide, c’est tout l’équilibre du système nerveux et hormonal qui pourrait être compromis à long terme. Ces traitements autorisés depuis 2020 pour certains et 2023 chez les adolescents dès 12 ans, ne bénéficient pas de reculs adéquats quant aux potentiels conséquences endocriniennes sur le long terme en lien avec leur utilisation.
Le risque invisible : les carences nutritionnelles.
L’un des effets les plus trompeurs de ces traitements est la sensation artificielle de satiété qu’ils provoquent. En imitant les signaux hormonaux de cette façon le patient perd alors l’envie de s’alimenter, parfois de manière radicale.
À court terme, cette réduction drastique de la prise alimentaire entraîne une perte de poids rapide. Le corps, privé d’apports suffisants, se tourne vers ses réserves pour couvrir ses besoins : glycogène stocké dans le foie et les muscles, graisses du tissu adipeux, voire protéines musculaires. Cela explique la fonte parfois spectaculaire observée chez certains patients.
Mais cette illusion de contrôle a un prix. Car si le corps puise dans ses réserves d’énergie, il ne reçoit plus les éléments essentiels à son bon fonctionnement : protéines de qualité, vitamines (B12, D, folates), minéraux (fer, magnésium, zinc), fibres…
Progressivement, s’installent des carences nutritionnelles qui peuvent fragiliser la santé globale de l’adolescent alors en pleine croissance et développement endocrinien. Fatigue chronique, baisse de l’immunité, fonte musculaire, troubles hormonaux, voire atteintes cardiovasculaires indirectes alors que le but d’un équilibre corporel restait de limiter les comorbidités liées à l’obésité【6】.
En d’autres termes, la satiété prolongée et répétitive, présentée comme un atout de ces médicaments, peut se transformer en un véritable piège nutritionnel. La perte de poids se fait alors au détriment de l’équilibre vital de l’organisme, ouvrant la voie à de nouvelles vulnérabilités — parfois plus graves que l’obésité elle-même.
A retenir
Si ces médicaments démontrent un potentiel incroyable et prometteur dans le domaine médical et les recherches futures pour le traitement d'autres pathologies également, l’application thérapeutique de ceux-ci doit être contrôlée de façon plus stricte chez les adolescents. Elle doit se faire via un accompagnement nutritionnel, psycho-émotionnel et social adéquat et ce, dans le cercle familial où bien souvent les habitudes sont retrouvées globalement ou favorisées.
Conclusion
Ces traitements ne doivent pas nous faire oublier l’essentiel : la santé se construit avant tout sur une alimentation équilibrée, un mode de vie actif, et un accompagnement global qui prend en compte le corps, les émotions et le cadre social.

Lorsqu’il est nourri par des sources d’énergie naturelles et variées, notre organisme sait maintenir son équilibre sans avoir besoin d’artifices ni de suppléments superflus. Comme le disait Hippocrate : « Que ton alimentation soit ta première médecine ».
La véritable prévention de l’obésité — surtout chez les jeunes — passe par l’éducation du comportement alimentaire, la qualité des repas, le plaisir du mouvement et les liens sociaux bien plus que par la promesse chimique d’une injection.
La santé d’aujourd’hui construit celle de demain : prenez soin de vous, prenez soin d’eux, nous sommes tous importants.
Références :
OMS. WHO updates list of essential medicines to include key cancer & diabetes treatments. WHO, 2025. https://www.who.int/news/item/05-09-2025-who-updates-list-of-essential-medicines-to-include-key-cancer--diabetes-treatments / OMS: Les injections anti-obésité deviennent des médicaments essentiels - 20 minutes
EMA. Wegovy : European Medicines Agency – Product Information. EMA, 2023. https://www.ema.europa.eu/en/medicines/human/EPAR/wegovy
Truveta Research. Anti-obesity GLP-1 RA prescription trends among adolescents. 2024. https://www.truveta.com/blog/research/research-insights/fda-approved-anti-obesity-glp-1-ra-prescription-trends-among-adolescents
CDC. Use of anti-obesity medications among US adolescents. MMWR, 2024. https://www.cdc.gov/mmwr/volumes/74/wr/mm7420a1.htm
Nauck MA, Meier JJ. Incretins and their role in glucose homeostasis. Endocrine Reviews, 2018. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11304055
Rubino D, Drucker DJ. Adverse events and nutritional risks of GLP-1 receptor agonists in obesity treatment. The Lancet Diabetes & Endocrinology, 2023. https://www.gastrojournal.org/article/S0016-5085%2807%2900580-X/fulltext
Limitations des informations disponibles sur la pratique aux USA.
Les conclusions de certains rapports d’études sont sujettes à au moins cinq limites. Premièrement, bien que ces analyses portent sur un échantillon géographiquement diversifié d’adolescents en quête de soins de santé dont la taille et le poids étaient mesurés, l’échantillon n’était pas représentatif de tous les adolescents américains ; Ces analyses devraient être reproduites avec d’autres ensembles de données, en particulier ceux qui sont basés sur la population. Deuxièmement, bien que les ordonnances documentées dans les données aient pu être suivies, certaines ordonnances auraient pu être fournies lors de consultations externes qui n’étaient pas saisies dans cette base de données. Troisièmement, bien que les comportements de prescription aient été suivis, les informations indiquant si les médicaments étaient dispensés ou utilisés n’étaient pas disponibles. Quatrièmement, l’absence de données sur la race et l’origine ethnique a limité la capacité d’examiner les différences dans la prescription de médicaments contre l’obésité. Enfin, certaines analyses ne tiennent pas compte du revenu du ménage, du statut d’assurance ou d’autres facteurs sociaux-environnementaux qui pourraient être associés à la prescription d’un médicament contre l’obésité.
Avertissement
Cet article n’a pas pour objectif de remettre en cause l’efficacité scientifique de ces traitements ni d’attaquer l’industrie pharmaceutique. Il se veut uniquement informatif et éducatif, afin d’inviter les consommateurs et les patients à s’interroger sur la nécessité de recourir à ce type de thérapies. L’enjeu n’est pas de nier leur utilité dans certaines situations, mais de rappeler l’importance d’évaluer si toutes les approches préventives, nutritionnelles et de mode de vie ont été pleinement mises en œuvre avant d’envisager une telle prescription.

